Que du plaisir dans ce verre de Rhum
Un moment de dégustation inattendu
Sur la route d’un Rhum
Il faisait très chaud ce jour là, l’heure du déjeuner avait sonné depuis un bon moment et nous roulions sur une route de la côte sous le vent en Guadeloupe. Plutôt que de rentrer à la maison, nous avons décidé d’aller manger dans un restaurant au bord de mer ; Oh ! pas sur une plage de carte postale. Pour autant l’endroit est très agréable et ventilé naturellement. Nous voilà installé à table. Le lieu est ouvert, avec la mer des Caraïbes à moins de 40m. Il y avait un peu de vent qui nous rafraichissait malgré la température ambiante d’une trentaine de degrés. Nous étions biens.
Un choix imprévu
Nous choisissons une boisson en attendant les plats, Mme prend une bière (une Corsaire), j’allais en faire autant car je n’avais pas particulièrement envie de boire du Rhum quand j’aperçois, un peu plus loin sur le comptoir, un col de bouteille que je connaissais très bien et que je ne m’attendais vraiment pas à trouver là. Elle était là au milieu d’un fatras de bouteille sans que rien ne soit valorisé.

On ne viendrait sûrement pas là pour déguster du Rhum, ce n’est apparemment pas la vocation de l’établissement. Il y avait aussi une autre raison pour être étonné de trouver cette bouteille en ces lieux. En tout cas, bien que je n’étais pas parti pour boire du Rhum à ce moment là, cette bouteille m’a donné envie, je fais signe au serveur pour avoir un verre de ce Rhum. Il me demande, un peu étonné, si on me le prépare en « Ti Punch », je réponds que Non ! surtout pas ! Je connaissais très bien ce produit et cela faisait un petit moment que je n’en avais pas goûté, je voulais pleinement savourer ce nectar en milieu tropical. Le Rhum m’est servi dans ce que l’on appelle vulgairement un verre à Cognac. Même si ce n’est pas le meilleur verre pour la dégustation, l’intention était bonne.

Que du sensoriel, le nez, la bouche et l’esprit
Le verre n’est pas encore devant moi que ses effluves arrivent à mon nez bien avant. C’est dire si l’intensité aromatique est puissante. De le sentir est déjà un plaisir. Dans le verre, un Rhum Blanc cristallin et limpide qui nappe les parois. Il doit titrer un peu plus de 50%vol. Les premières notes me font supposer que la fermentation est un peu plus longue que sur les standards des Rhums Blancs Agricoles des Antilles Françaises. Le nez est fruité (ananas, poire, agrume…) avec une pointe de truffe, pas de brûlure, l’alcool est bien intégré aux saveurs qu’il porte. La bouche est ronde, presque douce, elle confirme les perceptions du nez. il y a une jolie complexité fruitée où l’agrume semble légèrement confit. La finale est nette et la bouche est très longue, de quoi faire pâlir certains Rhums vieux.
Comprendre pour apprécier ce que l’on boit
Je fais plus que de me régaler, je me délecte, en fait c’est bien plus que de boire un coup, c’est de la gourmandise pure. C’est là que j’ai trouvé, une fois de plus, combien c’est remarquable qu’un alcool blanc, qui n’a subi aucun vieillissement (probablement une maturation en cuve inox de quelques semaines) puisse offrir à la fois autant de fraîcheur et de longueur sur le fruit. Il faut tout de même prendre le temps de faire attention en dégustant.
Un soleil brûlant, une brise rafraichissante, le clapot de la mer …
Je vous ai dit quelle était ma surprise de trouver ce Rhum là, à ce moment là, à cet endroit là, c’est parce qu’il s’agissait d’un Rhum Martiniquais sur le sol Guadeloupéen, (certains radicaux pourraient crier à l’infamie), et pas n’importe quel Rhum, l’Extraordinaire, de la petite distillerie A1710
plus précisément, la » Bête à Feu « 

Avec ce type de Rhums Blancs purs jus de canne, l’expression fruitée est plus marquée, la longueur aussi, faisant de ces Rhums Blancs des alcools de pure dégustation qui se suffisent à eux même ce qui m’a conduit à penser que lorsque le distillat est bon, qu’il exprime de vraies saveurs personnelles reflétant son terroir et ses origines, à quoi bon le mettre en fût pour le faire mûrir en se gorgeant des saveurs du bois. Avec ces Rhums là, on retrouve l’esprit des Clairins Haïtiens en plus fin et plus élégant. C’est un autre type de plaisir de dégustation alliant fruits mûrs et longueur. On trouve d’autres maisons qui fabriquent ce genre de Rhums blancs comme, par exemple, Papa Rouyo en Guadeloupe, et bien d’autres encore.
Outre le plaisir de savourer un Rhum blanc riche de saveurs, je me suis demandé s’il pourrait accompagner un plat et sur le moment, je l’ai plutôt vu sur du sucré. Un sorbet, par exemple, ou une mousse de fruit, réalisé avec des fruits acidulés (citrons, fruit de la passion, mangue, goyave, poire…). Puis j’ai pensé qu’il serait pas mal aussi sur une note salée marine comme un Balaou frit, accompagné de rondelles d’oignon frit, d’un trait de citron vert et d’un quartier d’avocat.

Balaous
Ce Rhum là a la force et l’élégance pour soutenir ces saveurs là, sans disparaître ou les écraser. Là je reste très local, je sais, que voulez vous, « an sé moun a kaz » .
à bientôt
Rossi Alain – Consultant & Formateur en spiritueux, Expertise Rhum
ARFormations
https://www.espritrhum-formation.com/decouvrez-les-secrets-du-rhum/


